Un titre annonce « deux fois plus de risque » ou « −30 % ». Avant de vous inquiéter ou de vous réjouir, quelques vérifications permettent de savoir ce qu’il recouvre.
Un titre résume un article, qui résume souvent un communiqué, qui résume lui-même une étude. À chaque étape, des précisions disparaissent. Un autre article traite de l’étude elle-même ; celui-ci porte sur les étapes qui séparent l’étude du titre.
« Deux fois plus » de quoi ? Retrouver le point de départ
« Deux fois plus » est une multiplication. Elle ne dit rien tant que l’on ignore le nombre multiplié. Exemple fictif : un événement concerne 1 personne sur 1 000 dans un groupe et 2 sur 1 000 dans l’autre. La fréquence a doublé ; l’écart est d’une personne sur mille.
Autre exemple fictif, même titre : 10 personnes sur 100, puis 20 sur 100. L’écart est cette fois de dix personnes sur cent. Deux titres exacts, deux situations différentes.
Cherchez le point de départ : la fréquence dans le groupe de comparaison. Sans elle, le titre ne s’interprète pas.
« Jusqu’à », « pourrait », « associé à » : les mots qui changent la portée
Les petits mots autour du chiffre comptent autant que lui.
« Jusqu’à ». La valeur la plus élevée observée, pas la valeur habituelle. « Jusqu’à −30 % » peut recouvrir une moyenne bien plus modeste.
« Pourrait », « semble ». Le conditionnel signale une hypothèse ou un résultat préliminaire.
« Associé à », « lié à ». Deux choses ont été observées ensemble, ce qui ne dit pas que l’une cause l’autre. « Réduit », « provoque », « protège » sont des verbes de cause ; vérifiez si l’étude citée les autorise ou si le titre les a ajoutés.
Communiqué, dépêche, article : remonter jusqu’à l’étude citée
L’étude est publiée. L’organisme qui l’a menée ou financée peut diffuser un communiqué. Une dépêche ou un article le reprend, souvent en le raccourcissant. Le titre peut être écrit par une autre personne que l’auteur de l’article.
Pour remonter la chaîne, cherchez le nom de la revue, la date de publication, un auteur ou une institution. Si vous ne trouvez rien, gardez le chiffre comme « vu dans la presse », sans le reprendre comme un fait établi.
Qui a été étudié, et pendant combien de temps ?
La population et la durée sont les premières informations sacrifiées dans un titre. À qui s’applique le chiffre ? Sur quelle période a-t-il été mesuré ?
Exemple fictif : un résultat mesuré pendant douze semaines chez des volontaires d’une tranche d’âge précise, présenté sans ces précisions. Le lecteur l’applique à lui-même et à l’année entière ; rien dans l’étude ne l’autorise.
Vérifiez aussi l’effectif : le même chiffre est plus solide s’il vient de plusieurs milliers de personnes que de quelques dizaines.
Le chiffre vient-il de toute l’étude ou d’un sous-groupe ?
Certains titres retiennent le résultat le plus frappant, obtenu dans une partie seulement des participants : une tranche d’âge, un sexe, les participants les plus assidus. Ce résultat n’est pas faux, mais il est plus fragile : moins de personnes, et un découpage choisi parmi plusieurs possibles.
Exemple fictif : sur l’ensemble des participants, l’écart est faible. Dans un sous-groupe, il atteint « −30 % », et c’est ce chiffre qui fait le titre. Cherchez la phrase qui parle de « l’ensemble des participants » ou du « critère principal », le nom donné au résultat que l’étude avait prévu de mesurer.
Refaire le calcul soi-même avec l’outil « points ou pourcentage »
L’outil « Décrypter une étude » comprend un calculateur intitulé « Points ou pourcentage ? ». Vous saisissez une fréquence initiale et une fréquence finale ; il affiche la différence absolue en points et la variation relative. Avec 20 et 15, il indique −5 points de pourcentage et −25 %. Avec 10 et 20 : +10 points et +100 %, le « deux fois plus » du titre.
Le reste de l’outil : une liste de questions à cocher (population, comparaison, indicateur, durée, données manquantes, correspondance avec la promesse, financement), vos questions ouvertes et une fiche de lecture à imprimer. Il ne cherche pas l’étude à votre place et n’attribue aucune note.
À retenir
- « Deux fois plus » ou « −30 % » ne s’interprète qu’avec le point de départ.
- « Jusqu’à », « pourrait » et « associé à » limitent la portée ; les verbes de cause l’étendent, parfois à tort.
- Population, durée, effectif et résultat principal se vérifient avant de reprendre un chiffre.
- Sans moyen de remonter à l’étude, le chiffre reste une affirmation de presse, pas un fait vérifié.
Pour lire ensuite l’étude elle-même : Une étude dit « −25 % ». De quoi parle-t-elle exactement ?. Le calculateur et la liste de questions se trouvent dans l’outil Décrypter une étude. Si un titre vous inquiète pour votre situation, posez la question à votre médecin ou à votre pharmacien, l’article en main.
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